Course à pied et santé mentale : au-delà de la performance

Est-ce bon pour la tête de courir ?

Comment nos routines, le social, le partage et la bienveillance nous préservent ils dans un monde plutôt chaotique ?
Scientifiquement, je ne suis pas compétent pour répondre. Le sujet est vaste, multifactoriel et encore plein d’inconnus. En revanche, ce que je peux faire, c’est vous partager ma propre expérience. Peut-être qu’elle vous parlera.

Le déclic : du sport santé à la découverte de soi

Pour faire court, mes débuts ont eu lieu il y a presque 20 ans. Mon objectif était le « sport santé » après avoir arrêté de fumer, de boire, et subi une opération du ménisque.
Le chirurgien m’avait lancé cette phrase qui a tout bousculé :

« Votre surpoids et votre condition à votre âge risquent de vous coûter cher d’ici quelques courtes années si vous ne changez pas vos habitudes de vie. »

Je me suis mis à marcher et à courir. Progressivement, j’ai « kiffé » car cela se pratiquait en solo. Ma nature introvertie me faisait me sentir bien dans cette bulle de solitude face à moi-même. Je pouvais me concentrer sur mon effort, constater mes progrès et reprendre le contrôle de mon corps. Pas de réseaux sociaux pour influencer ma pratique, peu de courses organisées. Mes seules sources d’information étaient des forums où j’échangeais avec des passionnés et passionnées du monde entier, je salue d’ailleurs celles et ceux avec qui je suis encore en contact aujourd’hui.

Montréal : quand le physique devient psychologique

Courir en hiver

Puis, la vie m’a emmené à Montréal. J’ai intégré un club avec des coachs passionnés. Si l’axe était au départ l’amélioration physique, j’ai réalisé que la santé mentale avançait en parallèle, de façon inconsciente.

Partager sa passion efface les barrières : on ne connaît pas le métier de l’autre, on échange d’égal à égal.

On peut discuter avec une chirurgienne, un charpentier, une artiste, un enseignant ou une policière sans que cela n’ait d’importance. Nos différences professionnelles disparaissent pour ne laisser place qu’à l’humain. C’est une parenthèse bénéfique, un lien social qui libère la pression du quotidien et permet de prendre du recul sur nos décisions.

Le pouvoir de la course : ces réponses qui arrivent en courant

Qui, en courant, n’a pas solutionné un problème sur lequel il/elle bloquait depuis des heures, des jours ou des mois ?
Qui, en courant, n’a pas eu une idée qu’il/elle a pu mettre en œuvre et qui l’a fait prendre un chemin de vie différent ?
Qui, en courant, n’a pas pu exprimer sa colère, sa rage en se dépassant pendant son entraînement ?
Qui, en courant, n’a pas pleuré d’émotion en attendant sur une ligne de départ ou en passant la ligne d’arrivée ?
Qui n’a pas rencontré une personne inspirante qui lui a fait se dire : « Merde, c’est possible ! Si cette personne l’a fait, je peux le faire aussi » ?

L’épreuve du KO : se reconstruire un pas à la fois

Pour ma part, j’ai connu un KO professionnel en 2019. Une dépression, une perte totale d’estime de moi et de ma capacité à entreprendre. Ce fut d’une violence incroyable et, sans crier gare, je me suis retrouvé au fond du trou. Ma famille a été d’un soutien incroyable, soudée et bienveillante.

J’ai aussi pu compter sur mes amis et amies de course à pied qui, sans le savoir, me faisaient sortir la tête de l’eau un instant.

Ils/elles soignaient ma blessure. Progressivement, j’ai pu remonter la pente.

Aujourd’hui, j’apprivoise mieux les périodes sombres. Dans un monde chaotique où l’on ne contrôle finalement presque rien, je sais mieux me protéger et passer au travers.

Je perçois parfois aussi la détresse chez les autres et je tente, avec humilité et discrétion, de les soutenir. Car ces chemins de vie s’affrontent seuls, mais en équipe… comme dans un marathon, un trail ou un ultra.

Notos Victoriaville

Finalement, après toutes ces années, c’est ce que je recherche dans ce voyage :
car dans ce sport, nous ne sommes pas physiquement égaux, mais devant nos démons, nous sommes sur un pied d’égalité.

C’est en libérant cette parole et en la partageant que l’on se change soi-même, et que l’on change le monde, un pas à la fois !

Si tu arrives ici, c’est peut-être que tu te reconnais dans ma perception. Laisse-le-moi savoir en commentaire, par courriel ou en DM.

Partage ton point de vue, ton expérience, que tout le monde en profite et que nous amplifions cette parole.

2 réponses à « Course à pied et santé mentale : au-delà de la performance »

  1. Avatar de Fradet Eric

    Salut Denis ,
    A la lecture de cette page je m’aperçois , et on doit être à mon avis plusieurs, à avoir pas mal de points communs , entre autre pour mes débuts sur ce sport …
    Egalement ancien fumeur et si j’en crois mon medecin de l’époque , mal parti pour que ma santé n’en prenne pas un serieux coup et egalement pour aider un ami (fumeur aussi) à arreter et combattre sa maladie ( malheureusement il est parti bien trop tôt) , je m’étais mis à courir pour reprendre aussi le contrôle de mon corps…
    quoi de mieux que ce sport , pas besoin de club , pas besoin de beaucoup de chose , enfin au début , une montre, un short, un tee -shirt , de vieilles baskets , et pas besoin de structure spécifique , un petit tour sur les chemins de halage ou dans les bois font bien l’affaire ( et ils continuent à me satisfaire ).
    Le fait de courir seul aussi , personnes pour se moquer de toi si tu ne cours pas vite ou que tu marches au bout de 2 mn et puis ensuite on y prend goût et on essaye de monter un par un les barreaux de l’échelle , et pour se faire on fait des recherches sur le net et on trouve des groupes sympas , CCAP pour ceux qui connaisse , fier de porter les couleurs durant pas loin de dix ans , de belles rencontres réélles et virtuelles qui ont permis à chacuns d’échanger , de progresser , toujours dans la bonne humeur et également sans se soucier de qui fait qui qui fait quoi , ç’était pas le but .
    Quant aux questions de : « Qui en courant … » j’en coche aussi une partie

    On est pas tous physiquement égaux mais on peut tous être fier de courir/trottiner,marcher beaucoup aimerait avoir cette chance alors profitons-en

    Ps : Désolé si des erreurs de grammaire ou d’orthographe viennent s’insérer sur mon commentaire ( je ne suis pas littéraire et ne me relis que rarement !!)

    Bonne continuation Denis pour tes premiéres échéances , pour moi dans 1 mois un marathon en mode cyrano sans aucune prétention chronométrique mais toujours avec de l’envie ;o)

    1. Avatar de L'Amat'Élite

      Merci pour ton retour Éric, ce témoignage illustre parfaitement cette idée que, peu importe nos chronos, nous menons souvent les mêmes combats intérieurs.

      C’est fascinant de voir comment une simple vieille paire de baskets et un chemin peuvent devenir le point de départ d’une reconstruction. Ton ami serait assurément fier de voir que tu as gardé cette envie de bouger et de prendre soin de toi. In fine, c’est ça la vraie victoire.

      Je te rejoins totalement sur l’esprit des groupes comme CCAP, où l’on échangeait juste pour le plaisir de progresser ensemble, sans le paraître et les egos mal placés. On en a tous besoin dans ce monde qui va trop vite ; je crois que c’est aussi ce que je cherche à partager ici, un peu en dehors des réseaux sociaux.

      Encore mille mercis pour la sincérité de ton message, elle me motive à continuer à 1000 %.

      Je te souhaite un superbe marathon dans un mois ! La méthode Cyrano demande une vraie maîtrise de la gestion de l’effort : l’objectif reste le plaisir et la ligne d’arrivée, peu importe le temps. Profite de chaque kilomètre, je vais suivre ta course avec beaucoup d’intérêt.

      Bonne route, au plaisir et on lâche rien !

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